11 médicaments français et leurs équivalents au Canada
Par Équipe Kayu
« Spasfon au Canada ? » « De la Biafine à Montréal ? » Ces questions reviennent sans arrêt sur les forums d'expatriés — et les réponses qu'on y trouve se contredisent souvent. Voici ce que disent les registres officiels, sans rien inventer.
La méthode : la disponibilité canadienne a été vérifiée dans la Base de données sur les produits pharmaceutiques (BDPP) de Santé Canada — le registre officiel des médicaments autorisés au Canada — le 29 août 2026. Les données françaises viennent de la Base de données publique des médicaments (BDPM, ANSM). Quand un médicament est absent de la BDPP, cela signifie qu'aucun produit contenant cette substance n'y a été autorisé — pas qu'il est « interdit ».
Vue d'ensemble
| Médicament français | Substance active | Au Canada |
|---|---|---|
| Doliprane | paracétamol | ✅ Tylenol et génériques (acetaminophen) |
| Dafalgan, Efferalgan | paracétamol | ✅ Tylenol et génériques |
| Nurofen | ibuprofène | ✅ Advil, Motrin et génériques |
| Imodium | lopéramide | ✅ Imodium (même marque) |
| Levothyrox | lévothyroxine | ✅ Synthroid — sur ordonnance |
| Gaviscon | alginate + bicarbonate | ⚠️ Même marque, formule différente |
| Strepsils | amylmétacrésol + alcool dichlorobenzylique | ❌ Entrées annulées au registre canadien |
| Spasfon | phloroglucinol | ❌ Jamais autorisé au Canada |
| Smecta | diosmectite | ❌ Jamais autorisé au Canada |
| Vogalib | métopimazine | ❌ Jamais autorisé au Canada |
| Biafine | trolamine | ❌ Aucun équivalent au registre canadien |
Le détail, entrée par entrée.
Les équivalents directs
Doliprane → Tylenol (acétaminophène)
Même substance active : le paracétamol, appelé acetaminophen au Canada. Vendu librement (Tylenol, marques de distributeur), mais sans format 1 g en vente libre. Nous avons consacré un guide complet au Doliprane au Canada — dosages, étiquettes et différences de plafond journalier entre les deux pays.
Dafalgan et Efferalgan → Tylenol aussi
Le trio français Doliprane / Dafalgan / Efferalgan, ce sont trois marques du même paracétamol (fiches BDPM). Au Canada, tout cela redevient « acetaminophen ».
Nurofen → Advil, Motrin (ibuprofène)
Même molécule, l'ibuprofène. En France, le Nurofen est passé derrière le comptoir en janvier 2020 (même décision ANSM que le paracétamol) ; au Canada, Advil et Motrin sont en libre accès. La BDPP liste des dizaines de produits Advil (comprimés, Liqui-Gels, formats enfants).
Imodium → Imodium
Enfin un cas simple : même marque, même substance (lopéramide 2 mg) des deux côtés de l'Atlantique — la BDPP liste les Imodium canadiens (capsules, Quick Dissolve, Complete), la BDPM leurs cousins français.
Levothyrox → Synthroid (sur ordonnance)
La lévothyroxine existe des deux côtés — Levothyrox en France (liste II), Synthroid au Canada, tous deux sur ordonnance uniquement. La BDPP liste Synthroid en plus de douze dosages, dont des paliers intermédiaires (88, 112, 137 µg). Et c'est là que l'équivalence ne suffit plus : même avec un équivalent parfait, une ordonnance française ne peut pas être exécutée par un pharmacien canadien. On explique quoi faire dans notre guide PVT et médicaments.
Le piège : même marque, formule différente
Gaviscon au Canada n'est pas le Gaviscon français
La marque existe des deux côtés, mais elle ne désigne pas les mêmes produits. En France, le sachet Gaviscon liste alginate de sodium 500 mg + bicarbonate de sodium 267 mg (BDPM). Au Canada, les entrées Gaviscon de la BDPP décrivent d'autres compositions — les comprimés « Extra Strength » y sont par exemple enregistrés avec acide alginique et hydroxyde d'aluminium, et la seule entrée « Gaviscon » actuellement commercialisée dans ce registre est… un anti-nauséeux au dimenhydrinate (Gaviscon Nausea, DIN 02490528). Reconnaître la marque ne suffit pas — c'est l'étiquette du produit que vous tenez qu'il faut lire.
Les absents : jamais autorisés au Canada
C'est la partie que les listes « équivalences France-Canada » qui circulent oublient de dire : plusieurs stars des pharmacies françaises n'ont aucun équivalent canadien, parce que la molécule elle-même n'y a jamais été autorisée.
Spasfon au Canada : rien
Le phloroglucinol (Spasfon et ses génériques) ne correspond à aucun produit dans la BDPP. Cette molécule n'a pour l'essentiel été approuvée qu'en Europe. Il n'existe pas de « Spasfon canadien » — les antispasmodiques disponibles au Canada sont d'autres molécules, et le choix relève d'un professionnel de santé, pas d'un tableau d'équivalences.
Smecta au Canada : rien non plus
La diosmectite est absente de la BDPP. (On trouve du Smecta sur des sites de revente — c'est de l'importation grise, pas une autorisation de Santé Canada.) À noter côté français : depuis février 2019, l'ANSM recommande de ne pas utiliser les médicaments à base d'argile chez l'enfant de moins de 2 ans, pendant la grossesse et l'allaitement.
Vogalib au Canada : rien — et attention au faux ami Gravol
La métopimazine (Vogalib) est absente de la BDPP. Le rayon anti-nauséeux canadien est occupé par Gravol (dimenhydrinate) — une molécule différente, de la famille des antihistaminiques. Gravol n'est pas « le Vogalib canadien » ; c'est simplement ce que le registre canadien liste sur ce rayon-là.
Strepsils au Canada : des entrées annulées
Surprise : les Strepsils ont bien été autorisés au Canada — la BDPP en garde la trace — mais les entrées que nous avons vérifiées sont marquées « annulé après commercialisation » (annulation en 2013 pour celle vérifiée). Sur les étagères canadiennes, ce créneau est occupé par Cepacol ou Chloraseptic, avec d'autres substances actives.
Biafine au Canada : la plus célèbre des absentes
L'émulsion de trolamine, réflexe français contre les coups de soleil, ne correspond à aucun équivalent dans la BDPP. C'est probablement le manque le plus cité sur les forums d'expatriés — et il est réel.
Ce qu'il faut en retenir
Trois leçons ressortent des registres officiels :
- Raisonnez en substance active, pas en marque. « Paracétamol » ouvre toutes les portes ; « Doliprane » n'en ouvre aucune.
- Une marque connue peut cacher une autre formule (Gaviscon).
- Parfois, la vraie réponse est « ça n'existe pas ici » — et mieux vaut le savoir avant de partir qu'au comptoir d'une pharmacie de Montréal.
C'est exactement la recherche que fait Kayu, pour n'importe quel médicament : comparer ce que publient la BDPM et la BDPP, et vous dire honnêtement quand l'équivalent n'existe pas.
Cet article décrit ce que publient les autorités de santé (ANSM, Santé Canada) à la date indiquée ; il ne constitue pas un avis médical. L'absence d'un produit du registre canadien signifie qu'il n'y a pas été autorisé, rien de plus. Pour toute question sur un traitement, parlez-en à un pharmacien ou à un médecin. Les marques citées (Doliprane, Tylenol, Spasfon, Gaviscon…) sont la propriété de leurs titulaires respectifs et ne sont mentionnées que pour identifier les produits ; Kayu n'est affilié à aucun fabricant.
Sources
- Base de données publique des médicaments (ANSM)
- Base de données sur les produits pharmaceutiques (Santé Canada)
- ANSM — Médicaments à base d'argile et diarrhée aiguë de l'enfant
- ANSM — Paracétamol et AINS derrière le comptoir (janvier 2020)
Données au 29 août 2026